Voir l’image se déplacer à l’intérieur d’une caméra obscure de la taille d’une pièce revient à visionner un film. L’image a une forme, une qualité et un mouvement, comme dans la réalité mais elle est dépourvue de relief. Le cheval projeté sur le mur a les mêmes caractéristiques que l’animal, il est tout aussi reconnaissable sans être réel. Dans une tente qui fait objet de caméra obscure, la personne ne peut pas voir simultanément l’animal vivant qui se trouve à l’extérieur et la projection de son image à l’intérieur. Par conséquent, l’image projetée est indépendante de l’objet en tant que tel, elle n’en est qu’une représentation. L’idée peut à présent faire son chemin et faire jaillir de multiples possibilités.
Comparaison avec les autres théories de l’art
L’origine des théories de l’art peuvent être divisées en trois catégories: motivations suggérées, capacités mentales, et reconnaissance.
1)
Motivations suggérées
A)
A la recherche de la magie (Reinach, 1903; Breuil 1952)
B)
Faire face à la peur (Worringer, 1906; Shlain, 2003)
C)
Totémisme (Frazer, 1910)
D)
Sanctuaire (Bégouën, 1929)
E)
Dichotomie sexuelle (Leroi-Gourhan et Laming- Emperaire, 1958)
F)
Systèmes temporels (Marshack, 1972)
G)
Enduit corporel (Bahn, 1998)
2)
Capacités mentales
A)
Imagerie eidétique (Galton, 1883)
B)
L’art pour l’art (Lubbock, 1904)
C)
L’art pour l’amour de la vie (Dissanayake, 2000)
D)
Mutation neurologique (Klein, 2002)
E)
Visions (Brown, 1928, dérivé de Wundt; Hodgson, 2006)
F)
Transes de flashback (Lewis-Williams, 2002)
G)
Rêves (Coolidge et Wynn, 2005)
3) Erkennung
A) Macaroni (Luquet, 1910)
B)
Ombres (dérivés de Pliny l’Ancient, 77)
C)
Griffes d’ours (Maringer et Bandi, 1951)
D)
Pierres travaillées (Benekendorff, 1991)
E)
Fossilles (Feliks, 1998)
Bien que chacune de ces théories soit plausible, elles ont souvent étaient perçues comme étant contradictoires et mutuellement exclusives. Nous suggérons que ces théories n’ont pas à être opposées mais peuvent se compléter, chacune apportant une part de vérité. Les chercheurs de multiples disciplines (anthropologie, biologie, art, histoire de l’art, psychologie, sociologie, archéologie, théologie, philosophie, et ethnologie) offrent des affirmations uniques mais limitées à leurs domaines respectifs. Nous encourageons les auteurs à considérer la possibilité d’enrichissement mutuel de ces perspectives pour une meilleure compréhension de l’origine de l’art.
L’avantage des théories fondées sur les motivations repose sur le fait que la nécessité est à l’origine même de l’invention. L’art a une tâche unique, celle de communiquer en l’absence de son créateur. Cette caractéristique est particulièrement utile et peut être appliquée dans de nombreuses situations. Il est probable que chacune de ces théories a joué un rôle à un moment ou à un autre.
L’avantage des théories qui s’intéressent aux capacités mentales est qu’elles apportent des réponses sur notre évolution génétique, sur l’impact de la culture et la propension des hommes à utiliser une multitude de formes de communication. On ne peut nier le fait qu’une prédisposition neurologique doit exister pour permettre à l’art de naître.
L’avantage des théories de la reconnaissance est leur simplicité basée sur l’environnement physique et quotidien des hommes préhistoriques. Ces théories recherchent l’existence d’expériences ayant pu aider a formuler l’idée de représentation.
La difficulté à saisir l’origine de l’art tient au fait qu’il fût découvert à différents endroits, différentes périodes, et par différents individus. Il s’agit en quelque sorte d’un savoir-faire acquit, perdu et redécouvert au fil du temps et des lieux. Suggérer que l’origine de l’art repose sur un besoin, une capacité ou une motivation unique et particulière est peu probable. En contre partie, une explication fondée sur leurs influences réciproques est plus vraisemblable.

Chercher à comprendre le fonctionnement conjoint de ces théories aboutit à une interprétation de l’origine de l’art plus satisfaisante. Dans ce contexte, la théorie de la Paléo-caméra (caméra Paléolithique) constitue une position théorique supplémentaire reposant sur une expérience plausible et démontrable, tant au niveau perceptif qu’anthropologique, qui aurait pu donner naissance à la représentation en deux dimensions.